LE WAVING...
 
 
        
            C’est tout nouveau, ce n’est même pas encore véritablement sorti au-delà des cercles relativement confidentiels, sinon un passage à la fête de la musique de Paris, lors d’un festival à Nice et de fêtes à Venise... Un morceau, également, diffusé par une radio “libre” parisienne il y a un mois, pour nous intriguer, nous donner envie d’en entendre plus, d’en savoir plus sur ce style tout à fait inhabituel. Inhabituel, sans être cependant trop déroutant, un meddley, un concentré de techniques connues, auquel on pouvait s’attendre dans l’évolution de la musique, certes, mais sans cependant que l’on s’y soit attendu !
            Une juxtaposition d’une langue française bien maîtrisée et d’une atmosphère souvent, sinon toujours, fortement colorée par le blues, le gospel américains.
            Mais c’est plus complexe que cela, le Waving, surtout parce que voilà qu’aux lignes bien structurées de toutes les musiques habituelles se substituent ici  les rapprochements, chevauchements, imbroglios de phrases qui ne semblent tenir compte d’aucune grille musicale. On reconnaît les riffs comme dans le back-ground du jazz new- Orleans ou des bons Fats Domino, Bill Haley, Presley, mais avec des lignes vocales bien plus élaborées et inattendues.
            Du Rock chanté ? Non. Du back- ground de rock, des Jordanaires, des Stamps, décomposé puis restructuré de manière réitérative par un harmoniste qui aurait été imbibé de musique balinaise !
            L’un des compositeurs français de ce style, Florian Lacour, qui vécut dans les milieux musicaux américains, nous a fait, avec quelques constats, un topo sur le sujet :
            “C’est un énorme effort de mémoire que doivent faire les chanteurs de Waving. Ce serait plus facile avec un sampler, mais cette facilité détruirait l’impact de la prouesse des chœurs. On a là le même travail de mémorisation qu’une chorégraphie pour un danseur. Certains groupes ont essayé au U.S.A et en Espagne mais tous ont abandonné devant l’ampleur du travail et le nombre de répétitions nécessaires pour mettre un morceau au point. Il y a, à l’heure actuelle, un retour en force ou une puissante mode,... enfin c’est dans l’air..., pour le chant choral et parfois des recherches nouvelles.
Rares cependant ... Aujourd’hui, on le voit bien, mais seulement avec le rap et avec la musique techno...
Pour les chansons, il y a une double demande inconsciente: du facile à retenir et du « différent ». Alors, on garde des structures répétitives monotones et prévisibles et on supprime peu à peu les « belles » mélodies ; cela donne le rap... Le Waving pousse au contraire : mélodies multiples superbement élaborées, structures sans cesse diversifiées.”

Pauvreté contre richesse ? Complexité intellectuelle ?
Oui ! Pour des jeux intellectuels, peut-on dire, et pour une sensualité concrétisée... Des éléments certaienement fort agréables pour les compositeurs, les chanteurs et les auditeurs ! Le tempo vous prend,... puis vous lâche dès que vous allez vous assoupir béatement dans la routine, tout comme la phrase musicale que vous attendez dans l’octave du dessous ou du dessus, et qui n’arrivera jamais pour embobiner votre cerveau conditionné au conditionnement musical. On pense vraiment à la technique des musiques traditionnelles indonésiennes ! De la musique répétitive, certes, mais sans (c’est fort !) qu’il y ait répétition systématique des répétitions !...
Waving : des vagues semblables mais différentes les unes des autres; ça coule de tous les côtés sur toutes les sonorités. On aimerait retenir une phrase mais la suivante qui arrive par-dessus, par-dessous ou par derrière, en contre temps ou dans le tempo, est tellement aussi belle ou étrange...
Avec une unité basique très solide, un fil conducteur sonore et rythmique, un bourdon continu comme l’avion dans « Saint- Exupéry », des apostrophes perpétuelles dans « Doute du doute », la phrase d’accueil psalmodiée sans cesse dans « Bienvenue », etc.…
Et surtout un thème central sur lequel chaque chanson va broder à travers lieu et temps :
le lien que veut affirmer le groupe des « Fidèles d’Amour ». C’est celui des textes qui rappellent le didactisme des Troubadours du Moyen âge et surtout des “fidèles d’amour” de tous pays qui chantaient ou écrivaient (Rudel, de Ventadour, Abélard, Dante, Ibn’ ‘Arabi) de manière “édifiante”! Le message « d’amour », c’est le même que celui qu’ils entendaient et transmettaient, eux, alors ; par exemple, un Amour platonique ou d’une sensualité transcendée, des évidences de sagesse... Mais c’est également celui que lancèrent, bien plus tard, des George Sand, Saint-Exupéry ou Elvis Presley.
Les retrouvant à travers les siècles, les « Fidèles d’Amour » les louent nominalement dans leurs chansons : « Tu es fidèle à l’Immortel, au vrai Réel de toute existence », et ils en profitent pour nous rappeler quelques-uns de leurs messages qui, répétés inlassablement par la technique même du Waving, deviennent ritournelles, mantras obsessionnels que l’on ne peut plus oublier.

Anne, du groupe : « Autant dire quelque chose d’intelligent et qui, n’ayant pas vieilli depuis des siècles, a quelque peu tendance à être vrai, plutôt que de vouloir trouver de nouvelles philosophies ou des systèmes qui seront bannis dans quelques années par d’autres plus nouveaux ! Nous ne chantons que ce qui a toujours fait l’unanimité, les bases de “la vraie Joie”, la “grande tribu de tous les vivants” ou la sérénité intellectuelle en disant qu’il faut “douter du doute” ! ».
 
Les « Fidèles d’Amour », un chœur composé de quatre hommes et six femmes doit sortir son premier album dans les jours à venir…